cyclone Pam, un an après…

En mars 2015, le cyclone Pam, classé en catégorie 5 (sur une échelle qui en comprend… 5 !), a touché le Vanuatu de plein fouet. Ce petit archipel du Pacifique Sud, pourtant habitué aux cyclones tropicaux, était loin d’imaginer le bouleversement que Pam engendrerait sur son territoire. Aujourd’hui encore, ce cyclone est considéré comme la catastrophe naturelle la plus dévastatrice que ce pays n’ait jamais connu…

En ce dimanche de mai 2016, soit un peu plus d’un an après la catastrophe, nous sommes à Port-Vila, la capitale du Vanuatu. Mark, le directeur du bureau d’ADRA local avec qui nous travaillons depuis plusieurs semaines, nous a gentiment invité à venir manger chez lui, dans sa jolie maison du bord de mer. Nous nous asseyons dans son salon, dont les grandes portes vitrées permettent d’admirer la baie de Port-Vila. Derrière nous, un peu camouflée, nous remarquons la porte d’un cagibi placé sous les escaliers. C’est donc ici que cela s’est passé ? Nous peinons à imaginer ce que lui, sa famille, et des milliers de Ni-Vans (c’est ainsi que l’on dit « vanuatais ») ont pu vivre… alors, Mark se met à raconter.

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« Au départ, Kim (sa femme) et moi pensions que nous étions en sécurité dans notre chambre à coucher. Mais, vers une heure du matin, les portes claquaient et les vitres craquaient sous l’intensité du vent. Nous avons su qu’il nous fallait trouver un lieu plus sûr et nous sommes descendus dans le noir nous accroupir dans le cagibi sous les escaliers. Ce qui est étonnant, c’est que Caleb (leur bébé de deux ans) dormait profondément, comme si rien ne se passait, alors que toute la maison grinçait et craquait. Cela a duré des heures. Nous nous demandions combien de temps cela pouvait encore durer. C’était très inconfortable car il faisait très chaud dans le cagibi et nous avions peu de place. Impossible pour nous de dormir, nous entendions le rugissement de la tempête au dehors. Nous percevions des impacts sourds autour de la maison et nous savions que c’était des arbres qui tombaient. Vers 3h heures du matin, non seulement la tempête n’avait pas diminué mais c’est comme si elle avait encore gagné en intensité. Nous pensions à tous nos voisins qui vivent dans des maisons de tôle et ne pouvions imaginer comment cela se passait pour eux.»

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« S’il y a bien une chose que j’ai apprise, c’est que ma maison n’est pas ‘water-proof’ ! » continue-t-il de raconter en riant. « La pluie arrivait par paquet et parvenait à rentrer presque horizontalement par nos fenêtres fermées, inondant le salon et se rapprochant du cagibi où nous étions. Vers 6h du matin, comme le jour se levait, j’ai donc voulu me risquer dehors pour essayer d’éponger et vérifier l’état de la maison. Mais la pluie continuait toujours à cingler et le vent hurlait encore. Kim m’a demandé de rester dans le cagibi, ce n’était toujours pas sûr de se risquer dehors. A ce moment-là, nous avons reçu un sms d’une connaissance vivant de l’autre côté de l’île. Elle me suppliait de venir l’aider, nous disant que toute sa maison s’était envolée, qu’elle n’avait plus rien. C’était très difficile car nous ne pouvions rien faire. Même si j’avais voulu la rejoindre, je n’aurais pas pu.

Nous avons continué à attendre dans le cagibi et c’est seulement vers 10h du matin, plus de 12h après le début de la tempête, que celle-ci a commencé à décroître et que nous nous sommes risqués à sortir. Notre propriété n’était plus reconnaissable. J’ai eu l’impression d’émerger sur Mars. Le cyclone avait été tellement fort qu’il avait emmené avec lui toute l’herbe, toutes les feuilles d’arbres… tout était pelé, le paysage avait totalement changé. Des arbres gigantesques barraient la route derrière chez nous, les maisons des voisins étaient en morceaux… Je me demande sérieusement comment il n’y a pas eu plus de morts ! »

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Pour Mark et toute l’équipe d’ADRA commence alors un marathon pour mettre en place l’aide d’urgence, en partenariat avec les autres ONG présentes sur place. La gestion de la catastrophe est d’autant plus difficile que les communications avec les autres îles sont coupées, l’aéroport est endommagé et les routes impraticables. Très vite, ADRA est désignée par le gouvernement pour prendre en charge 10 centres d’évacuation. Le travail est colossal, il faut fournir des kits d’hygiène, de la nourriture, des générateurs d’électricité, des filtres pour l’eau, … Mark ne compte plus les nuits écourtées et les réunions qu’il doit enchaîner avec les autres ONG et le gouvernement pour coordonner l’aide sur le terrain. Quelques jours plus tard, l’équipe d’urgence d’ADRA international arrive pour renforcer la capacité du bureau local. Des quantités énormes de matériel parviennent de partout dans le monde. Il faut organiser, distribuer, aider à reconstruire les logements, replanter les potagers (principaux moyens de subsistance pour les Ni-vans)… le travail est titanesque.

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A l’époque, notre projet de « tour du monde en solidaire » se mettait seulement en place. Nous avions été touchés par les informations que nous avions vues à la télévision et nous avions contacté Mark pour nous proposer comme volontaires. Bien qu’en plein dans la tourmente de l’aide d’urgence, il nous avait immédiatement répondu qu’il aurait besoin de toute l’aide disponible, même bien après la catastrophe. Nous avions pris nos billets d’avion sans hésiter.

Un an plus tard, nous voilà sur place. Et nous ne pouvons que constater par nous-mêmes que le Vanuatu porte encore les cicatrices du cyclone Pam : quantité de bateaux échoués, de voitures écrasées, d’arbres déracinés sont visibles. Un peu partout, des familles entières vivent encore sous quelques tôles assemblées, dans des conditions plus que précaires. Les premières récoltes après le cyclone commencent seulement à montrer le bout de leur nez ; les légumes ne sont pas beaux et coûtent un prix démesuré. Nombre d’hôtels sont encore en réparation et vides de touristes. Impossible d’ignorer qu’il s’est passé ici un cataclysme il y a un an seulement.

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Quant au bureau d’ADRA, il a peu à peu repris ses activités d’aide au développement « d’avant Pam ». Les équipes internationales sont rentrées chez elle, l’aide d’urgence a pris fin. Mais…

Mais le bureau est totalement désorganisé. Il reste beaucoup de matériel, dispatché dans différentes îles et qu’il faut rassembler, trier, lister, compter. Certains kits de survie ont été ouverts, sont incomplets. De la nourriture est devenue périmée. Des seaux sont cassés et séparés de leur couvercle. L’entrepôt est sans dessus dessous, il n’est même plus possible d’y pénétrer (et encore moins d’y récupérer quoi que ce soit). Si une nouvelle catastrophe avait lieu demain, l’aide d’urgence ne pourrait pas se mettre en place rapidement.

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Quant aux équipes, elles tentent de reprendre la gestion des projets de développement, et notamment les nombreuses formations qu’ADRA donnait en terme d’hygiène, de sanitaire et de gestion de l’eau. Mais, ici aussi, Pam est passé par là. Cela fait un an que les formations n’ont plus été données et que les équipes sont concentrées sur autre chose. Certains membres du personnel ont désormais d’autres fonctions, d’autres commencent à peine. Bref, plus personnes ne sait exactement où se trouve le matériel pédagogique, les fichiers numériques, quel planning tenir, comment adapter le message dans ce nouveau contexte d’ « après-catastrophe ».

Voilà donc notre mission des deux prochains mois: remettre de l’ordre, restructurer. Pour Jonathan, ce sera l’entrepôt et le matériel ; pour moi, les formations. « Il n’y a plus qu’à »…

Mag

2 réponses à “cyclone Pam, un an après…

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