Lombok: bouffée d’oxygène à Gili Air

Imaginez une petite île bordée de sable blond, de palmiers et d’une mer aux eaux bleu azur. Une petite île sans bruit de fond permanent puisque ne s’y trouveraient ni voitures, ni motos, ni chiens. Et maintenant imaginez que cette île se situe à seulement 2h de bateau de Bali et vous comprendrez sans doute pourquoi il ne nous paraissait pas envisageable de continuer notre route sans nous  arrêter quelque temps sur Gili Air…

Placée dans la province de Lombok, Gili Air fait partie d’un petit archipel de 3 îles communément appelées « îles Gili » par les touristes (ce qui ne veut en fait rien dire puisque « gili » signifie « îlot » en indonésien…). N’allez pas croire que ces trois îles sont parfaitement identiques, chacun d’elle possède sa propre identité. Compromis entre Trawagan la festive et Meno la déserte, Gili Air nous paraissait être celle possédant le plus parfait mélange entre action et détente.

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C’est donc sans trop de regrets que nous quittons Bali et que nous nous retrouvons, quelques heures plus tard, occupés à fouler une allée sablonneuse bordée de petits restaurants en bambou, se trouvant être en réalité l’artère principale de Gili Air. Nos bagages posés dans un petit bungalow sympathique au bord de l’eau, nous partons pour un premier repérage des environs immédiats. Et c’est là que, sans crier gare, une jeune femme longiligne fonce droit sur nous et nous adresse d’emblée la parole en français : « excusez-moi, j’ai une question pour vous. Est-ce que vous tenez un blog de voyage ? ». Jon et moi nous regardons un peu éberlués, ne sachant quoi trop répondre devant cette touriste qui réalise manifestement une enquête. Nous lâchons un timide « oui » avant de voir la Française embrayer : « Tomes, c’est ça ? Je suis une de vos lectrices ! ». Et voilà, comment, croyant nous balader incognito sur une petit île perdue (que dis-je, un îlot !) à l’autre bout de la Terre, nous tombons nez-à-nez avec Anaïs, une globe-trotteuse (visiblement physionomiste) arrivée sur l’île le jour-même! L’occasion était trop belle que pour ne pas être fêtée: nous proposons à notre nouvelle amie de prendre un verre sur la plage… Verre qui sera renouvelé pratiquement tous les soirs de notre séjour à Gili Air.

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Mais cette rencontre avec Anaïs n’est pas la seule surprise que nous réserve cette charmante île. Le lendemain matin, bien inspirés, nous décidons de faire un peu de snorkeling juste en face de notre hôtel. Masques et tubas loués pour la journée, nous entrons dans l’eau à la délicieuse température. Le sable blanc fait vite place à un tapis d’algues marines. Quelques oursins volumineux se montrent à nous ainsi que des petits poissons colorés. Ils sont moins nombreux qu’à Pemuteran (les coraux semblent en moins bon état) mais restent amusants à observer. Soudain, deux snorkeleurs français nous hèlent : « vite, venez par ici ! ». Nous les rejoignons en quelques brasses et découvrons une magnifique tortue, nonchalamment occupée à brouter quelques algues. Elle ne semble pas remarquer notre présence et continue son déjeuner, parfois composé de corail qu’elle brise de ses mâchoires puissantes. Elle parait ensuite prendre son envol pour venir cueillir quelques goulées d’air à la surface avant de plonger à nouveau et prolonger son repas. Nous la suivons dans ses déambulations, ce moment est magique.

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Elle nous frôle par moments de si près qu’il nous suffirait de tendre le bras pour la caresser. Moi qui n’avais encore jamais fait de snorkeling de ma vie quelques semaines auparavant, je suis gâtée ! Un peu plus loin, c’est une deuxième tortue, plus petite qui nous attend. Là aussi, nous prenons le temps de nager un bon moment avec elle avant de sortir de l’eau, affamés. Un sourire immense fend notre visage, la journée s’annonce bonne !

Après avoir repris quelques forces, nous décidons de réaliser le tour de l’île à pied, en suivant la plage. Le panorama est sublime : le sable blond est suivi par une eau turquoise où dansent quelques petits bateaux de pêcheurs et, au loin, nous pouvons admirer l’île de Lombok et son volcan (le 2ème plus haut d’Indonésie), le Rinjani. La saison des pluies n’est manifestement pas finie car de gros nuages noirs se massent à l’horizon mais cela rajoute du charme au paysage. Le soleil commence tout doucement à décliner et reflète de jolies couleurs dans l’eau.

Petit à petit, la tranquillité de la plage fait place à plus d’animation. La rue se borde de petits magasins et de restaurants et des cidomos (calèches, seul moyen de locomotion possible sur l’île) nous dépassent régulièrement aux sons des clochettes qui ornent les chevaux. Nous arrivons près du petit port par lequel nous sommes arrivés, des touristes vont et viennent avec leurs bagages. Nous continuons notre chemin et nous éloignons de cette agitation pour atteindre la face ouest de l’île. Ici, les boutiques chics ont laissé place à des baraquements précaires d’ouvriers et les touristes en mini-short à quelques femmes voilées transportant sur leurs têtes des sacs de nourriture. Bienvenue dans l’autre Gili Air…

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Ce côté de l’île est manifestement en pleine phase de construction. Les plages ne sont pas encore aménagées et sont donc recouvertes de coraux morts et d’algues peu engageantes. Quelques ouvriers hagards sont assis au milieu de constructions annonçant de futurs Resort de luxe…

Encore quelques enjambées et nous nous trouvons désormais juste en face du soleil couchant. Nous nous posons sur quelques gros coussins au bord de l’eau en attendant que celui-ci décline. En face de nous, l’île de Gili Meno prend une jolie teinte orangée. Il ne nous reste plus qu’à rejoindre Anaïs autour d’un bon repas.

Notre nuit est courte car nous décidons de régler nos réveils à 5h30 tapante afin d’admirer un lever de soleil sur le volcan Rinjani que nous pouvons admirer depuis la plage de l’hôtel. Le ciel est déjà bleu marine et, en dehors des oiseaux, personne n’est encore à l’œuvre. Nous nous installons sur la plage et admirons Venus qui scintille. Nous goûtons à la quiétude de ce moment où tout semble encore endormi. Petit à petit, le ciel s’éclaircit et une teinte orangée perce sur l’un des flancs du Rinjani. Mais sur notre gauche, arrivant à une allure incroyable, un gros nuage d’orage (avec quelques éclairs) fonce droit vers le volcan. En à peine une dizaine de minutes, la vue se bouche et le spectacle est bel et bien fini.

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Tant pis, la scène reste jolie et ce sera pour une autre fois. Au moins, nous sommes levés tôt et pourrons profiter pleinement de la journée qui s’annonce. Quelques bateaux bondés provenant de Lombok arrivent droit vers la plage. A quelques mètres du rivage, ils s’arrêtent. Des dizaines d’Indonésiens sautent par-dessus bord et pataugent dans l’eau salée avant de rejoindre le sable. Ils se dirigent droit vers les réceptions d’hôtel, les petits magasins, les bars et les restaurants. Une nouvelle journée commence sur Gili Air !

Aujourd’hui, il pleut. Nous passons donc la journée à ne strictement rien faire… et nous réalisons que c’est exactement de cela dont nous avons besoin. Nous nous plaisons bien dans ce petit bout de paradis et les journées nous semblent défiler à une vitesse folle… mais après tout, pourquoi devrions-nous nous tenir à un planning alors que nous sommes en vacances ? Pourquoi, si nous nous sentons bien ici, ne pourrions-nous pas prolonger notre séjour ? Ne pourrions-nous pas, au moins une fois dans notre vie, lâcher prise et décider des choses au feeling, au fur et à mesure? Nous ne mettons pas longtemps à prendre la décision : nous annulons tout l’itinéraire prévu pour la suite de notre voyage en Indonésie. Il n’y a plus qu’à choisir de faire ce qui nous plait au moment-même, à commencer par prolonger notre escale à Gili Air. Quel incroyable sentiment de liberté que de n’avoir RIEN de prévu pour le mois à venir !!!

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Pas de chance, le lendemain matin, Jon se réveille avec un terrible mal d’oreille. La plongée qu’il avait prévu de réaliser ce jour-là doit donc être annulée et nous en profitons pour mettre en pratique notre nouvelle résolution : prendre le temps de ne rien faire. Quelques brasses dans la piscine, un peu de lecture, un soupçon de bain de soleil sur la plage et une pincée de moments partagés avec Anaïs… la journée nous paraît passer en un clin d’œil !

Quelque 24 heures plus tard, l’ « otite » de Jon semble empirer malgré notre « médication maison ». Nous décidons de prendre la chose au sérieux et nous rendons chez le médecin. Nous avons bien fait car une charmante bactérie a élu domicile dans le conduit auditif de mon cher et tendre… mais qu’à cela ne tienne, nous brûlons d’envie d’aller découvrir l’île voisine, Gili Meno. Ni une ni deux, nous embarquons dans l’un des petits bateaux réalisant la traversée de 20 minutes entre les deux îles.

Le vent souffle particulièrement fort aujourd’hui, les vagues sont hautes et une fois la barrière de corail passée, notre petite embarcation est carrément secouée dans tous les sens. Le moins que l’on puisse dire est que je n’apprécie pas la traversée et dois faire un gros effort sur moi-même pour ne pas être prise de panique lorsque notre bateau bascule de droite à gauche. Heureusement, Gili Meno se rapproche à vue d’œil. Notre bateau s’arrête à hauteur d’une sorte de plate-forme armée d’un moteur. Visiblement, les coraux affleurant ne permettent pas à ce premier d’accéder au port de l’île. La plate-forme nous fait rejoindre l’île et nous mettons enfin pied, un peu secoués mais émerveillés sur Gili Meno. La plage sur laquelle nous débarquons n’a rien à envier aux photos de magazines : couverte d’un fin sable blanc, elle s’étend majestueusement vers la pointe sud de l’île et… elle est pratiquement déserte !

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Enfin, à première vue car à peine nos petites têtes d’Occidentaux repérées, des dizaines de locaux surgissent d’un peu partout, chacun tentant de nous vendre un sarong, un bracelet ou une noix de coco. Nous refusons d’abord poliment mais les vendeurs se montrent tenaces et totalement aux abois : « et pourquoi tu n’achètes pas ? » « je reviens tantôt et là tu achètes»… Nous devons hausser le ton pour faire comprendre que nous ne sommes pas intéressés et décidons de quitter la plage (où le courant rend de toute façon le snorkeling impossible) pour aller visiter une centre de protection des tortues marines. Centre qui, en réalité, se résume à quelques petits bassins où nagent des bébés tortues. Nous doutons être au bon endroit mais non, c’est bien ici. La femme de permanence au centre fait manifestement la sieste et, lorsqu’elle ouvre un œil, ne semble pas décidée à se lever pour nous accueillir. Nous nous contentons donc de lire les quelques affiches en anglais décrivant le travail du centre avant de nous enfoncer un peu plus loin sur l’île.

Le sud de l’île semble négligé voire même désolé. Quelques Resort ont été abandonnés et seules des ruines en subsistent. Nous nous arrêtons pour déjeuner dans un warung (petite gargote) quelque peu isolé. Le propriétaire semble tout heureux de voir quelques touristes et entame la conversation. Visiblement, Gili Meno est la grande oubliée des îles Gili : pas de bateaux directs depuis Bali ou Lombok, pas d’investissement de l’Etat dans les infrastructures et un désintérêt du tourisme de masse. Le vent se lève de plus en plus et de grands nuages noirs se profilent à l’horizon. Nous espérons ne pas être bloqués sur Gili Meno par une tempête et prenons congé du propriétaire…

Nous ne voulons cependant pas repartir avant d’avoir atteint le fameux lac salé de l’île. Pour cela, nous tournons dans les petits chemins de terre battue du centre de Gili Meno et devons souvent nous arrêter pour demander notre chemin tant ils se révèlent être un véritable labyrinthe. Peu d’habitants parlent anglais mais nous parvenons tout de même à bon port. Nous cheminons désormais sur un vieux ponton en bois aux lattes branlantes mais le spectacle est joli. Le lac est paisible, seules quelques aigrettes s’envolent à notre approche. Il est ceinturé d’une rangée épaisse de végétation dominée par une ligne de volcans bleutés…

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Mais cette fois, il est temps pour nous de nous presser si nous ne voulons pas rater le dernier bateau pour Gili Air.

Les vagues sont encore bien plus hautes qu’à l’aller et le capitaine s’amuse à apeurer les passagers en les prenant de plein fouet, faisant bondir le bateau de plusieurs mètres à chaque fois. Heureusement, Gili Air ne tarde pas à se profiler devant nous… Nous voilà de retour « à la maison » !

Mag

5 réponses à “Lombok: bouffée d’oxygène à Gili Air

  1. Arff les explications ardues sur la frite!
    En tout cas, cela m’a fait très plaisir de démarrer mon voyage en votre compagnie.
    Au plus tard, on se recroise dans un an àBruxelles ou à Strasbourg autours d’une frite ou d’une choucroute.
    A tout bientôt!

    Aimé par 1 personne

  2. C’est le moment d’en profiter ! Et Mag, arrête de fourrez n’importe quoi dans les orifices de Jon, c’est pas un sac à main ! Merci pour ces partages, ils sont vivifiants ! La bise !

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  3. déjà trop populaire des fans même au bout du monde 😉
    Dommage pour le levé de soleil (mais des photos incroyables) et pour les oreilles de Jon (c’est le pire).
    encore un beau récit que j’ai dévoré avec beaucoup d’émotion.

    à bientot

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