encore plus loin dans les Andes…

Otavalo est une mignonne petite ville des Andes située à seulement quelques heures de route au Nord de Quito. Réputée pour son marché artisanal, nous craignons, en y débarquant, le manque d’authenticité et le piège à touriste.

Fraichement arrivés, nous entamons un petit tour de reconnaissance de la ville, histoire de repérer la bien nommée Plaza de ponchos où se déroulera le marché du lendemain. Et c’est à cet instant que commence le dépaysement : non seulement la ville n’est pas laide avec sa place principale et ses petites églises qui nous font vaguement penser à Quito, mais nous nous apercevons tout de suite que nous avons mis les pieds sur le territoire d’un peuple fier de ses traditions.

Ici, tous les indigènes (c’est ainsi qu’on les nomme en Equateur), plus nombreux qu’ailleurs dans le pays, portent le costume traditionnel. C’est un véritable plaisir pour les yeux que d’apercevoir ces hommes portant fièrement chapeaux de feutre, ponchos bleu foncé, pantalons courts et… longue natte. D’après une amie équatorienne, la coutume indigène interdit aux hommes de couper leurs cheveux durant leur vie adulte car ils constituent un signe d’appartenance à la tribu. Cependant, en cas de trahison, de mensonge ou de vol, cette dernière est sectionnée et l’individu ne peut revenir auprès des siens que lorsque ses cheveux atteignent de nouveau le bas du dos… Quant aux femmes, presque toutes arborent des blouses blanches brodées, de longues jupes de laine, des ceintures tissées, des sandales de toile, des colliers de perle épais et de magnifiques coiffures tressées. Tout ce petit monde vaquant tranquillement à ses occupations quotidiennes nous donne réellement l’impression de nous immerger dans une culture méconnue. Nous sommes admiratifs de ces populations qui parviennent à préserver depuis des millénaires leur mode de vie traditionnel et ce, malgré les invasions successives de leur territoire et l’entrée dans l’ère moderne.

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Ce peuple indigène, nommé Otavalo (d’où le nom de la ville), est connu depuis des millénaires pour la qualité de son tissage et de ses fabrications textiles… nous comprenons mieux le pourquoi du marché artisanal. De bon matin, les étals envahissent la Plaza de ponchos et les rues adjacentes et nous ne savons plus où donner de la tête tant il y a foison de tissus magnifiquement colorés, bijoux, babioles, vêtements, tapis, objets de décoration, couvertures, ponchos, chemises brodées, tableaux et autres ! Le choix est réellement étourdissant.

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Et pour ceux qui auraient des doutes sur l’authenticité de tous ces objets, sachez que la ville d’Otavalo, craignant de voir arriver nombre de produits chinois sur ses étals, a réagi en imposant un contrôle relativement strict des articles vendus. Cela ne veut pas dire qu’il ne s’y trouve pas de chinoiseries mais celles-ci sont reléguées à la périphérie du marché, le cœur de celui-ci étant consacré à l’artisanat régional.

Mais Otavalo est bien plus qu’un marché. Nichée dans la partie Nord des Andes, la ville se situe à 2500m. d’altitude, au pied du volcan Imbabura. Les jolis paysages ne manquent donc pas dès que l’on prend un peu de hauteur. C’est ce que nous décidons de faire en nous rendant au Parc Condor, situé à une heure de marche d’Otavalo. Ce parc a pour vocation de réhabiliter des rapaces recueillis après des blessures ou de la captivité illégale dans le but de les réintroduire dans la nature. Il permet aux visiteurs d’observer de près chouettes, hiboux, aigles et condors. Le clou du spectacle est la démonstration de vol, réalisée uniquement avec les oiseaux qui ne peuvent être remis en liberté. Impressionnant de voir ces rapaces massifs s’élancer dans les airs, tourbillonner au gré des vents puis fondre en flèche sur les spectateurs. Bon, on l’avoue, nous avons bien pris froid en restant assis sous la bise glacée des Andes mais cela en valait la peine.

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Le chemin de retour jusqu’à Otavalo est spectaculaire. Nous marchons au milieu des champs de maïs, avec comme toile de fond l’impressionnant volcan Imbabura et des petits villages disséminés. Nous croisons de temps en temps des paysans revenant de leur journée de labeur, tous drapés dans des vêtements colorés et qui nous saluent timidement. Une fois de plus, nous sommes frappés par le mode de vie encore traditionnel de ces populations. Les chiens errants sont également nombreux sur la route mais ils semblent plus craintifs qu’agressifs. Le temps est glacial (nous sommes en altitude) mais nous en prenons plein la vue.

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Sur le chemin, nous nous faisons de temps en temps attaquer au fusil à eau par des brigands en culottes courtes (et ce ne sera pas l’unique fois). C’est que nous sommes à Carnaval, moment de l’année où tous les Equatoriens semblent sortir bonbonnes de mousse, bombes à eau, seau d’eau glacé pour se surprendre… Rien ne les arrête : jeunes, vieux, touristes et même voitures en prennent pour leur grade !

Le lendemain est une journée consacrée… à notre lit. Eh oui, nous ne sommes plus habitués aux contrées tempérées et nous avons pris froid durant la journée précédente. Un gros rhume pour l’un et une conjonctivite-otite pour l’autre, mieux vaut rester au chaud ! Heureusement, nous sommes vite remis et prêts pour partir à Mindo !

4 heures de route depuis Otavalo (soit dit en passant, le trajet fut épique, notre chauffeur décidant de « prendre un raccourci » à travers les Andes… paysages splendides mais plusieurs belles frayeurs aussi bien pour nous que pour lui !) et… gros changement de décors ! Nous arrivons à Mindo sous une pluie battante et au milieu d’une forêt d’altitude épaisse et brumeuse (justement nommée the cloud forest). Cette petite ville de 2000 habitants est renommée pour les nombreuses espèces d’oiseaux qui y vivent. Effectivement, à peine installés à la terrasse de notre hôtel, nous sommes entourés par des dizaines de colibris aux couleurs chatoyantes.

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Mais il n’y a pas que les oiseaux. Le lendemain, nous voilà partis à la chasse aux cascades. La matinée est belle et bien que les chemins en terre soient détrempés par la pluie de la veille, nous décidons de parcourir à pied les 4kms qui nous séparent de la forêt d’altitude où se cachent les fameuses cascades (il faut dire que le prix du taxi est exorbitant… Mindo est malheureusement devenue un peu trop touristique à notre goût). N’ayant pas de carte sous la main, nous faisons confiance à une application sur le téléphone de Jonathan pour nous guider. Nous passons des ponts au-dessus de torrents sauvages, cheminons sur de petits sentiers surplombant des vallées luxuriantes… Mais au bout d’une heure de marche, le doute s’insinue quant à la direction que nous suivons. Nous nous renseignons auprès d’une adolescente occupée à des tâches ménagères. Elle nous confesse ne jamais avoir pris ce chemin et ne pas savoir où il mène. Nous continuons donc dans la même direction mais finissons par arrêter une voiture qui nous dépasse. Le chauffeur nous regarde avec de grands yeux effarés : non, non, nous ne marchons pas du tout dans la bonne direction. Il nous faut donc retourner jusqu’à Mindo avant de pouvoir prendre le chemin approprié.

La mort dans l’âme, nous entamons donc la route de retour, pestant un peu de perdre du temps alors que nous voyons le ciel se couvrir et que nous avons encore en tête la pluie diluvienne de la veille. Quelle n’est pas notre surprise lorsque, un quart d’heure plus tard, une voiture arrivant dans notre dos s’arrête à notre hauteur et que nous entendons son propriétaire nous proposer de nous ramener… conducteur qui n’est autre que le chauffeur à qui nous avions demandé notre chemin quelques minutes plus tôt ! Ravis, nous montons à bord. Il nous explique qu’il est taximan (les taxis pour locaux sont souvent des voitures banalisées) et qu’il peut nous avancer un peu sur la route pour les cascades. Trop sympa, d’autant plus qu’il refuse que nous payions la course !

Il nous dépose à un croisement, il ne nous reste plus qu’à grimper une petite heure sur un chemin forestier pour atteindre le départ. Nous lui disons au revoir au moment où il reçoit un coup de téléphone. Il nous fait immédiatement signe de grimper à nouveau dans la voiture : il vient de recevoir un appel lui demandant d’aller chercher des touristes… au départ du sentier pour les cascades ! Nous voilà conduits à destination par le hasard. Notre chauffeur passe le reste du trajet à rire : « Vous êtes de sacrés veinards vous deux. De sacrés veinards ! ». On l’avoue, nous sommes finalement bien contents d’être véhiculés car la route est longue, pentue et boueuse. Nous aurions mis plusieurs heures pour atteindre notre destination… qui n’était que le début du trek !

Pour rejoindre le sentier vers les cascades, il nous faut encore emprunter une nacelle qui circule à 150 m. de hauteur et traverse à toute vitesse la forêt d’altitude dans laquelle nous souhaitons nous enfoncer. Sensations et spectacle garantis !

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Nous sommes enfin prêts pour notre randonnée de plusieurs heures qui doit nous mener à l’une des plus grande cascade de la région surnommée La Reina (la Reine). Nous sommes seuls sur le chemin mais impossible de nous perdre : ce sentier unique est bordé d’un précipice à droite et d’une falaise à gauche. Nous sommes plongés en pleine forêt épaisse, à tel point que nous distinguons rarement le ciel.

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Les bruits qui nous entourent sont impressionnants : craquements dans les feuillage, chants d’oiseaux inconnus, ruissellement de l’eau … toute une vie que nous ne parvenons pas à distinguer tant le feuillage est épais. De temps à une autre, une petite chute d’eau s’écoule sur notre chemin. Il nous faut alors bien nous couvrir et passer dessous, en prenant garde à ne pas glisser sur le sentier humide, pour pouvoir continuer notre route.

Après plus d’une heure d’efforts, nous entendons le grondement tonitruant de l’eau qui jaillit : nous voici enfin arrivés au pied de la Reina. Nous devons encore gravir quelques marches glissantes taillées dans le roc pour nous en approcher. Le spectacle est grandiose : devant nous surgit des profondeurs de la forêt un mur d’eau limpide qui nous éclabousse et nous laisse sans voix.

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Il est temps pour nous de faire demi-tour. Malheureusement, entretemps, le temps a changé et nous entrons dans une purée de poix humide. Nous ne distinguons plus bien le paysage et restons concentrés sur nos pieds : il ne faut pas glisser. La pluie s’abat en une fois et ne s’arrêtera plus de la journée. Nous sommes trempés, bien que légèrement protégés par la canopée, mais il nous faut avancer. Mon KW finit par percer et mon pantalon est plaqué sur mes jambes. Nous rejoignons le funiculaire et il nous faut à nouveau survoler la forêt. Avec la vitesse, ce sont des murs d’eau que nous recevons en pleine face. Nous sommes mouillés jusqu’aux os et n’avons plus le courage de redescendre sur Mindo à pied, d’autant plus que la pluie redouble encore. Seulement, nous sommes dans un trou perdu, pas le moindre taxi à l’horizon.

Un pick-up qui descend la route finit par s’arrêter à notre hauteur. Il est plein à craquer mais nous propose de nous ramener à Mindo pour 1$ si nous acceptons de monter dans le bac arrière de la voiture (à ciel ouvert, cela va sans dire). Celui-ci est déjà rempli de locaux qui s’abritent tant bien que mal sous des essuies. Trop heureux d’être motorisés, nous nous empressons de monter à bord. Nous avons juste la place pour nous accroupir, sous cette pluie diluvienne, au milieu d’indigènes dégoulinants et aux visages fermés… Le 4X4 se met en route à vitesse réduite (le chemin de terre est devenu glissant) pour l’un des trajets les plus long de ma vie. La position accroupie devient vite inconfortable mais impossible de bouger car nous sommes 9 dans le bac arrière. Mes vêtements sont imbibés d’eau, le vent est glacé et le fond du bac est recouvert de 3-4 cm d’eau boueuse qui vient arroser mes pieds à la moindre secousse. Nous sommes ballottés de droite à gauche car le chemin est caillouteux. Mais jamais il ne me serait venu à l’idée de me plaindre tant les indigènes à côté de nous, en tongs et t-shirt, sont d’un stoïcisme déconcertant…

Mag

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