un Noël à Cuenca

Pas de Noël blanc pour nous cette année. A la place, nous sommes partis dans l’humidité des Andes équatoriennes, la « Sierra » comme on l’appelle ici, pour passer les fêtes de fin d’année et échapper à la chaleur étouffante de Guayaquil.

C’est en bus que nous décidons de rejoindre Cuenca, une des plus belles villes coloniales d’Equateur, à 4 heures de route de Guayaquil. Et l’aventure commence dès ce moment : les places de devant nous ayant été désignées, Jonathan se retrouve installé juste en face du pare-brise et menace d’y plonger au moindre coup de frein. Evidemment, point de ceinture à l’horizon. Il lui faut donc faire de la résistance avec ses pieds durant les 5 heures de trajet. Eh oui, je dis bien 5h et non 4 comme prévu initialement car notre chauffeur décide, par-dessus le marché, de s’arrêter à la moindre personne lui faisant signe sur la route : Indiens des Andes qui souhaitent profiter du bus pour être avancés dans leur trajet ou vendeurs de glaces (« heladas, heladaaaaas »), de riz sauté, de mangues… qui n’oublient bien entendu pas de glisser à notre chauffeur quelques petits cadeaux de remerciement…

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Et puis, il y a la route elle-même qui zigzague à l’infini. Nous montons dans les Andes et le paysage devient magnifique. Les montagnes sont couvertes de forêts épaisses mais, à mesure que nous grimpons, elles se couvrent de brume si bien que nous finissons par être dans le brouillard le plus complet.

Le chauffeur du bus doit bien connaître le chemin car il anticipe les virages alors que la visibilité n’est pas au-dessus de 3 mètres. Dans cette purée de pois, quelques silhouettes fantomatiques se découpent le long de la route : ici, une femme qui cuisine, là un homme qui ploie sous sa charge… Nous passons enfin le col à 4000 mètres et commençons une douce descente jusqu’à Cuenca, 1500 mètres plus bas. La vue qui s’offre à nous peu avant notre arrivée dans la ville est merveilleuse : Cuenca est entourée de montagnes aux pentes douces et vertes. Ses maisons forment un tapis de toits en tuiles au milieu duquel se découpent plusieurs églises d’une blancheur étincelante. L’une d’entre elles, plus imposante, laisse apparaître d’immenses coupoles bleues.

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Arrivés devant la porte de notre hôtel : joyeuse surprise… il semble tout simplement fermé. J’ai pourtant bien reçu une confirmation de la gérante qui assurait nous attendre entre 18 et 19H et notre montre indique 18h15. A présent habitués à la ponctualité équatorienne, nous restons de marbre, nos valises sur le trottoir, en attendant que quelqu’un vienne nous ouvrir. 18h30, la gérante arrive enfin et semble surprise de nous voir « si tôt »…

Il était temps de nous installer dans une chambre d’hôtel car nous commençons à souffrir tous les deux de l’altitude. Nous ne sommes « qu’à » 2500 m. (la moitié du Mont Blanc tout de même) mais nous sommes montés en une fois (Guayaquil est au niveau de la mer). Les maux de tête pointent le bout de leurs nez et nous sommes vite essoufflés. Notre première nuit est franchement mauvaise, ponctuée de cauchemars et d’un sommeil totalement perturbé. Notre dentifrice ne semble pas plus apprécier cette montée rapide en altitude puisque, à peine le bouchon ouvert, nous sommes aspergés de pâte blanche, enfin libérée de la pression.

Le lendemain matin, c’est au son de la fanfare que nous sommes réveillés. Nous sommes le 24 décembre et, à Cuenca, ce jour est encore plus particulier que dans le reste du monde. En effet, la veille de Noël a lieu le « pase del Niño » (ou « promenade de l’Enfant »), une fête mêlant tradition catholique et folklore andin au cours de laquelle défilent des centaines (sans mentir !) de chars, de danseurs, de musiciens, de vendeurs ambulants, d’enfants en costumes traditionnels… Cette procession célébrait à l’origine le culte de l’Enfant Jésus mais, avec le temps, les familles de Cuenca y ont ajouté des éléments autochtones et font désormais défiler les enfants pour leur assurer bénédictions et prospérité… Classée au patrimoine immatériel de l’humanité, cette fête est colorée, vivante et authentique… bref, tout ce qu’on aime. Le mélange des genres est particulier : des anges côtoient des représentations indiennes du diable, des pères Noël se mêlent à des enfants déguisés en rois mages… et nous avons même aperçu un homme portant une immense croix sur laquelle était crucifié un cochon rôti ! En résumé, un joyeux charivari qui nous a permis d’oublier que nous fêtions Noël bien loin de nos proches.

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Nous passons le jour de Noël à découvrir Cuenca, elle aussi classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Beaucoup de bâtiments témoignent de la période coloniale de la ville et il est agréable de se perdre dans les ruelles du centre historique. Quelques parcs offrent une touche de vert agréable et nous nous arrêtons un moment sur la « Plaza San Sebastián » qui accueillait jadis des corridas.

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Nous décidons ensuite de prendre un peu de hauteur et de nous rendre jusqu’à l’église de Turi, à 4kms, qui offre une vue sur le tout Cuenca. Nous sommes bien décidés à y monter à pied mais après plusieurs centaines de mètres sous un soleil de plomb, nous préférons finalement céder $2 à un chauffeur de taxi pour nous y emmener. Au moment où nous sortons de ce dernier, un jeune couple s’avance pour négocier une descente avec notre chauffeur. Bizarrement, leurs têtes me disent quelque chose, je suis persuadée de les connaître mais je ne parviens pas à me souvenir d’où. Et puis, mon franc tombe : ce sont deux autres « tourdumondistes », Aurore et Guillaume, avec qui nous avons déjà échangés quelques mails et dont nous suivons de temps en temps les aventures. Quel hasard de les croiser ici puisqu’ils étaient encore il y a quelques semaines au Mexique ! De retour à l’hôtel, nous les contactons et ils nous proposent d’emblée de les accompagner manger une raclette dans un restaurant tenu par un Suisse. Cela nous semble tout d’abord un peu insolite et puis l’idée fait son chemin et nous nous laissons finalement tenter car, il faut l’avouer, le bon fromage nous manque.

Le lendemain, nous retrouvons donc Aurore et Guillaume pour partager nos aventures respectives. Quel plaisir de pouvoir échanger avec d’autres voyageurs au long cours qui, eux aussi, ont donné une dimension solidaire à leur voyage puisqu’ils ont récolté plusieurs milliers d’euros pour aider une école en Inde dans laquelle ils ont travaillé comme bénévoles au début de leur voyage.

Quant à la raclette… une grande quantité de viandes, de pommes de terre et de légumes nous est apportée… ainsi que 2 petits morceaux de fromage par personne. Nous pensons qu’il s’agit sans doute d’un avant-goût et que le reste nous sera amené plus tard mais, ne voyant rien d’autre arriver, nous finissons par héler le serveur : « ah non non, il n’y a rien d’autre ». Nous n’en croyons pas nos oreilles : une raclette sans fromage ?! Grand moment de fou rire !

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Nous attrapons le patron suisse au passage. Réaction de l’intéressé : « ah ? vous aimez le fromage ? » avant de nous amener, un peu gêné, une ration supplémentaire. Bref, nous avons testé la raclette suisse en Equateur !

Mag

5 réponses à “un Noël à Cuenca

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