« il n’y a pas de problèmes »

La première fois que nous avons rencontré Emmanuella, c’était à l’aéroport de Guayaquil, en Equateur, après 28h d’un éprouvant voyage et 1h d’un interrogatoire serré par les services de l’immigration équatoriens (être Belges et revenir de plusieurs mois au Kirghizstan peut sembler bien suspect quelques jours seulement après les attentats de Paris…). Je crois qu’à ce moment, rien ne m’a fait plus plaisir que d’apercevoir son sourire chaleureux et nos deux prénoms inscrits sur la pancarte qu’elle tenait dans ses bras. Le policier chargé de nous escorter jusqu’à la sortie de l’aéroport (car après l’immigration, c’est la police qui a pris le relais pour nous interroger !) nous a regardés suspicieusement tous les trois.

– Ce sont vos amis ? lui a-t-il lancé en espagnol.

– oui !

– Comment les connaissez-vous ?

– Mais on ne se connaît pas ! lui a-t-elle répondu, le plus naturellement du monde, avec un sourire qui ne laissait pas de place à la réplique.

Et c’était vrai, dès cette minute, nous sommes devenus amis avec ce petit bout de femme étonnant alors que nous n’avions jusqu’alors même pas échangé un seul email.

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Au fur et à mesure des semaines passées avec elle, nous découvrons différentes facettes de son histoire : Emmanuella, Haïtienne d’origine, avec qui nous éprouvons le bonheur de pouvoir à nouveau nous exprimer en français après des mois passés à ne parler qu’anglais. Emmanuella qui part vivre à l’âge de 16 ans à Cuba pour réaliser ses études de médecine. Emmanuella, devenue pédiatre, qui s’installe dans la jungle équatorienne où elle soigne les populations indigènes. Emmanuella venue désormais habiter un quartier pauvre de Guayaquil pour être au plus près des familles dont elle s’occupe à l’hôpital du coin (et à qui elle n’hésite pas à donner son numéro de téléphone privé pour les urgences…). Et, enfin, Emmanuella qui, après ses heures de travail, trouve encore le temps de devenir la « project manager » du « projet textile » d’ADRA sur Guayaquil, 100% bénévolement mais 100% à temps plein.

Nous devons l’admettre, nous sommes bluffés par autant de dévouement et, avec Jonathan, nous nous sommes bien souvent demandés « comment elle fait ». Car gérer à elle seule le « projet textile » d’ADRA, ce n’est pas rien. Ce dernier a pour but de donner la possibilité à 150 femmes vulnérables des quartiers périphériques de Guayaquil l’occasion d’apprendre un métier via des cours de couture et de confection. Les vêtements réalisés durant les leçons sont vendus et les bénéfices reversés aux femmes participantes. Mais ce n’est pas tout. En plus des cours de couture, les femmes reçoivent également des connaissances en gestion de commerce afin de pouvoir lancer par la suite leur propre affaire, en indépendantes. Par ce biais, ADRA espère permettre à ces femmes d’augmenter les revenus au sein de leur foyer (ceux-ci tournent généralement autour de $120 !) mais également de leur donner un meilleur statut social en leur permettant un accès à une profession.

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Pour Emmanuella, ce projet signifie donc la sélection des femmes intéressées par le projet, la mise en place des cours de couture, la gestion financière des matières premières, les démarches administratives pour obtenir des locaux de la ville, les rapports d’avancement du projet au bureau central d’ADRA, l’organisation des ventes artisanales, la mise en place d’un partenariat avec l’université de Guayaquil pour obtenir des cours de gestion et marketing et, surtout, l’accompagnement des femmes du projet au travers d’une présence et d’une écoute régulière. Tout cela, elle le réalise seule ! Et à la question de savoir « comment elle fait », elle nous répond invariablement qu’ « il n’y a pas de problèmes », comme si, pour elle, tout cela était une évidence. Elle n’est peut-être pas une Sainte mais elle est certainement une « sœur » pour toutes les femmes dont elle prend soin avec autant de dévouement…

On peut dire qu’Emmanuella a semblé heureuse de nous voir arriver à Guayaquil pour lui donner un coup de main, particulièrement en ces périodes de fête où la production à l’atelier textile s’intensifie et où il faut organiser les ventes artisanales. Après avoir donné des cours de cuisine en Mongolie et d’écologie au Kirghizstan, nous voici donc « engagés » par Emmanuella pour donner des cours d’entreprenariat aux femmes de l’atelier textile, à raison de trois sessions par semaine. A nouveau, les compétences de Jonathan en création d’entreprises s’allient aux miennes en pédagogie (et, cette fois, également en espagnol) !

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Après une table ronde avec les femmes participantes où nous demandons à chacune d’exprimer ses difficultés dans le lancement de son commerce, nous nous apercevons vite qu’il est nécessaire de commencer nos leçons depuis le tout début : de la construction de projet en passant par la création d’un budget ou encore la mise en place d’outils de communication. Au-delà de tous ces aspects « pratiques », notre but est aussi de redonner confiance à ces femmes qui ont le plus souvent des histoires lourdes derrière elles et à qui la vie n’a pas fait de cadeaux… Les larmes ne sont jamais loin lorsqu’elles nous expliquent leurs difficultés et expriment le fait que ce projet d’ADRA résonne pour elles comme une « dernière chance »…

Mag

5 réponses à “« il n’y a pas de problèmes »

  1. Difficile de garder le sourire devant tant de réalités douloureuses. Faire des commentaires sur le look « suspect » de John ? Devant son public féminin qui me fait penser à Anne Wilson Schaef et son livre « Women’s Reality » ? Mais l’inaltérable sourire de Magali l’emporte. Bientôt une ADL équatorienne ? « Andiamo » semble être le mot d’ordre de ce couple étonnant. Bonne continuation !

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