vis ma vie de semi-nomade

Le temps de quelques jours, nous voici perdus au milieu de la steppe mongole pour partager le quotidien de Meaa et de sa famille : sa femme, Tushe (à prononcer « touché »), son bébé de 3 mois, Bilkon et sa mère, Tungaa.

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Meaa et Tushe ont en réalité deux autres enfants, de 4 et 6 ans, mais ceux-ci sont envoyés la semaine à Kharkhorin, la ville la plus proche, pour aller à l’école, et ne reviennent que le week-end. Nous les croiserons brièvement à la fin du séjour.

Chaque journée que nous passerons chez Meaa est rythmée par les traites : deux fois pour les vaches, 4 fois pour les juments (la fermentation de leur lait permet de concocter le fameux « airag », boisson considérée comme presque sacrée). Le petit-déjeuner est, lui, pris vers 11H, après les premières traites du matin. C’est un moment que j’apprécie particulièrement car, pour une fois, j’échappe à la viande de mouton. Nous mangeons généralement une tranche de pain sur laquelle nous étalons une crème épaisse et nous saupoudrons le tout de sucre. Absolument pas diététique mais savoureux ! En dehors de cela, il n’existe pas vraiment d’horaire : chacun vaque à ses occupations quand bon lui semble.

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En cette première matinée chez Meaa, nous sommes heureux de découvrir le mode de vie de ces populations encore nomades. La famille semble également soucieuse de partager ces moments avec nous et chacun tente de communiquer avec son voisin à l’aide des mains… eh oui, nous sommes en immersion complète, personne ne parle anglais ici. Meaa tente de nous faire comprendre durant le petit-déjeuner que nous allons faire quelque chose avec « une vache » et « de l’eau » mais l’information reste un peu obscure pour nous. Et de fait, nous ne nous attendions pas à la scène qui va suivre : nous voilà partis chercher de l’eau à la rivière tractés par … le taureau de la famille. Cela nous fait beaucoup rire jusqu’à ce que le taureau, mécontent, se laisse aller copieusement sur nos chaussures… à plusieurs reprises !

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De retour à la yourte, nous cherchons à nous rendre utile. Nous participons à la coupe du bois et à la préparation du repas. La famille semble réellement heureuse de nous accueillir, nous explique ce qu’elle fait, nous propose de participer. Meaa sifflote sans arrêt et est d’humeur particulièrement taquine. Nos prénoms le font manifestement beaucoup rire et il s’amuse à crier toutes les 3 minutes dans la steppe « Maggy ! Johnny ! » juste pour le plaisir de s’entendre les prononcer. Cela nous amuse beaucoup (on se distrait comme on peut dans la steppe !)

Après le repas de midi (pris à 15h), Meaa embarque Jon sur sa moto : les hommes partent ramasser le foin pour l’hiver dans la montagne, à 1h de route.

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Quant aux femmes… à peine Meaa et Jon partis, Tushe allume la télévision pour regarder une telenovelas brésilienne. Elle nous ouvre de gros paquets de biscuits puis nous nous installons toutes les trois sous d’épaisses couvertures… Surréaliste ! Tushe me montre ensuite l’album photo de famille, tout en continuant à jeter un œil distrait sur la télévision et, accessoirement, sur le bébé qui dort. Elle m’explique qu’elle a 25 ans et déjà 3 enfants. Je lui réponds que j’en ai 27 et que je ne suis pas encore maman. Cela la fait beaucoup rire. Meaa, quant à lui, a 31 ans… pile l’âge de Jon ! Je demande à Tushe si elle souhaite un 4ème enfant: oui, un 4ème, un 5ème et peut-être même jusque 10 enfants. Ah oui, quand même…

Nous finissons par nous assoupir toutes les trois avant de nous réveiller juste à temps pour la traite des juments. Il doit être 18h, les hommes ne sont pas encore de retour. Tungaa s’installe devant la yourte sur un petit tabouret en bois. Elle sort de sa poche … des jumelles. Lorsqu’elle finit par apercevoir un point tout au loin (la moto de Meaa !), les femmes semblent sortir de leur torpeur et s’activent soudainement à la préparation du repas du soir. Voici donc le secret des femmes mongoles : faire croire qu’elles ont été occupées tout l’après-midi en surveillant le retour des hommes. Cela me fait beaucoup rire ! Jon et Meaa rentrent, eux, fourbus de leur après-midi de travail. Fourbus peut-être mais Meaa est toujours autant de bonne humeur. Il sifflote de plus belle, nous fait des blagues… puis nous invite à jouer à un jeu mongole : une joute de doigts dont les règles ressemblent vaguement au « pierre-papier-ciseau » de par chez nous, le tout accompagné par des « tchou » retentissants. Le perdant de chaque partie doit boire de l’airag (le fameux lait de jument fermenté, légèrement alcoolisé). C’est la franche rigolade. Nous leur apprenons notre « pierre-papier-ciseau ». Cela les fait beaucoup rire et les voilà qui se lancent tous dans des parties infinies agrémentées d’airag.

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Le lendemain matin, toujours les mêmes rituels : traite des vaches, traite des juments. Nous comprenons mieux le processus et sommes désormais capables de donner un coup de main efficace. Le mécanisme est moins simple qu’il n’y parait : il faut d’abord aller dans la steppe chercher le troupeau, qui pâture librement, et le rabattre. Les petits sont séparés des mamans durant la journée et enfermés dans des enclos proches de la yourte (cela permet en autre de s’assurer que le bétail ne parte pas trop loin). Une fois les mères arrivées, nous libérons alors un petit à la fois. Nous le laissons téter quelques minutes avant de le réenfermer. Tungaa ou Tushe peut alors traire la mère. Une fois qu’elles ont fini, le petit est à nouveau libéré pour finir se tétée et nous passons à une nouvelle vache ou jument.

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Qui dit lait dit… fromage ! Tungaa s’installe devant la yourte pour mettre en forme une sorte de Macquée qu’elle met ensuite sécher au soleil (cela créera des biscuits à grignoter l’hiver). J’ai vite fait de la rejoindre pour l’aider. Elle a une technique que je peine à imiter, cela la fait, une fois de plus, beaucoup rire.

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Aujourd’hui, Meaa doit partir pour la ville pour vendre du bétail. Les transactions se réaliseront là-bas mais les acheteurs viendront ensuite chercher les bêtes achetées directement à la yourte. Cela permet à Meaa de partir léger. Quant à Jon et moi, nous n’avons rien de particulier à faire, nous partons donc nous balader dans les environs… Dans l’après-midi, un petit groupe d’hommes s’arrête pour venir chercher quelques bêtes. Visiblement, Meaa vend bien.

Les heures passent, la nuit commence à tomber et Meaa n’est toujours pas de retour. Les femmes semblent inquiètes mais nous n’avons aucun moyen de le contacter. Nous espérons qu’il n’a pas eu un accident de moto. Il faut cependant continuer les tâches quotidiennes : les traites et le rabattage des troupeaux pour la nuit. Heureusement, nous savons maintenant comment faire et pouvons aider Tungaa et Tushe dans leur travail.

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Meaa ne réapparait qu’à la nuit tombée. Il a probablement fait une petite tournée de yourtes avant de rentrer afin d’y boire de l’airag ou de la vodka car il semble un peu plus joyeux que d’habitude. Visiblement, les transactions de la journée ont été bonnes et un acheteur arrive peu après lui. Tungaa demande à Jon de servir l’airag (quel honneur !!). Quant à moi, le bébé m’est confié pour la 1ère fois. Je parviens à l’endormir très rapidement, Tushe est aux anges. Nous sommes désormais inclus totalement dans la vie de la famille, au grand étonnement de l’acheteur.

Celui-ci désire la viande d’un bouc. Ni une ni deux : Meaa attrape une bête, la tue et la dépèce en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Les femmes s’y mettent aussi. Nous connaissons désormais la chanson : vider les intestins, sortir les tripes, prélever la peau, etc. etc. tout cela jusque tard dans la nuit. L’acheteur repart avec l’animal réparti en différents bidons ( !), visiblement satisfait.

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3ème et (déjà ?!) dernier jour (qui nous semblent plutôt avoir été 3 mois !). Dès le matin, le soin du feu est confié à Jon (le feu est un élément sacré et vital durant l’hiver, il n’est donc confié qu’aux personnes de la famille), nous n’en revenons pas ! D’ailleurs, nous nous installons désormais où bon nous semble dans la yourte et plus seulement à gauche, le côté réservé aux visiteurs. Tushe me confie le bébé régulièrement ou me demande des conseils de santé. Nous nous sentons comme chez nous ici!

En ce dernier jour, Meaa semble déjà triste à l’idée de nous voir partir. Il imite sans cesse le fait de pleurer et prononçant nos prénoms. D’ailleurs, il ne part pas travailler… peut-être souhaite-t-il passer cette dernière journée avec nous ?

Il nous fait faire des tours de moto « pour le plaisir » et laisse d’ailleurs Jon conduire.

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Puis il nous explique qu’il souhaiterait prendre des photos avec nous. Pour cela, il veut nous faire porter des habits mongols. Nous acceptons joyeusement la proposition. Tushe sort une robe et un deel (habit traditionnel pour homme) pour chacun de nous… à la vue des tissus, nous comprenons vite qu’il s’agit d’habits d’apparat. Meaa nous explique que le deel est celui qu’il portait lorsqu’il a gagné un des concours du prestigieux Nadaam (sorte de jeux olympiques mongols qui ont lieu chaque année) (car oui, nous vivons chez un champion plusieurs fois vainqueur aux courses de chevaux !!). Nous sommes honorés ! Meaa et Tushe se font beaux également. Nous sortons à l’extérieur pour un petit shooting photo improvisé mais tellement touchant.

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De retour dans la yourte, nous passons du temps tous ensemble à « papoter » (cela semble incroyable mais il n’y a plus aucune barrière de langue, nous nous comprenons très bien et pouvons mener de véritables conversations !). Meaa pousse ensuite la chansonnette, il a une voix magnifique ! Ni une ni deux : un petit concours de chant s’organise et chacun doit y passer. Pour se donner du courage, chaque participant avale un petit coup d’airag avant de se lancer. Nous rigolons bien.

Malheureusement, la journée est passée trop vite et Meaa doit déjà nous quitter. Il part seul (avec son bidon d’airag et son litre de Vodka !) dans la montagne pour 3 jours afin de glaner des pommes de pin qu’il pourra ensuite revendre (les graines de pommes de pin sont des encas appréciés en Mongolie). Nous avons vraiment le cœur lourd. Meaa colle son front contre celui de Jon et prononce pour la 1ère fois depuis que nous sommes là un mot en anglais : « friends ». Il le répète plusieurs fois, pour être sûr que nous avons compris. Il est triste et nous aussi. Il enfourche sa moto. Le voilà parti, petit point qui s’éloigne dans la steppe infinie. Nous avons le cœur lourd.

Quelques heures plus tard, c’est à notre tour de quitter les lieux. Cette fois, il faut dire au revoir à Tushe et Tungaa. Tushe nous fait comprendre que nous serons toujours les bienvenus chez eux si nous revenons en Mongolie. Cela nous fait chaud au cœur. Malheureusement, nous savons que les chances d’avoir un jour des nouvelles de la famille sont minces : elle ne dispose pas d’une connexion internet et surtout… Meaa et sa famille sont des nomades. L’hiver venu, ils partiront installer leur yourte dans les montagnes pour échapper au vent glacé de la plaine. Après, qui sait où ils iront…

Mag

6 réponses à “vis ma vie de semi-nomade

  1. Comme la vie est simple dans les grandes steppes ! Pourquoi avons-nous fait de la nôtre un vrai casse-tête ? Bravo pour cet article, qui une fois de plus a fait mouche ! Maman (au milieu des vaches du Condroz ) Date: Tue, 22 Sep 2015 13:52:44

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  2. Magnifique … c’est une expérience humaine incroyable … j’avais le cœur gros en lisant tes mots. Ce moment de séparation devait être dure … mais ainsi est fait la vie … de rencontres, de départs. J’attends la suite 🙂

    Aimé par 1 personne

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