Rendez-vous en terres inconnues – partie 2

Au matin de notre 3ème jour de trek à cheval, nous quittons le « village fantôme » où nous avons passé la nuit. La journée s’annonce belle… où est le mois de septembre pluvieux qu’on nous avait annoncé ? En ce 3ème jour, nos dos commencent à nous faire souffrir, nous décidons Jon et moi de ralentir un peu l’allure. Mandah, qui semble voir que nous maitrisons les chevaux, est loin en tête. Nous le rejoignons pour le repas de midi au pied d’une petite bergerie. Il fait vraiment beau et nous n’entendons que le chant des oiseaux : nous en profitons pour faire tous les 3 une petite sieste dans l’herbe.

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Il est ensuite temps pour nous de quitter la montagne et de descendre dans la steppe, cette plaine plate et sans fin. Nous apercevons une yourte loin devant nous : celle où nous passons la prochaine nuit. Mais, effet d’optique ? Au plus nous nous approchons, au plus elle semble reculer… Un supplice pour nos dos…

Sur le chemin, nous sommes à nouveau rejoints par un groupe qui vient passer la nuit dans le même yourte que nous : un couple de Français dans la quarantaine (Delphine et Eric), leur guide et, ô miracle, leur interprète anglophone. Nous sautons littéralement sur l’interprète pour lui demander de multiples informations qui nous avaient échappées jusque là. Chose comique : l’anglais de Delphine et Eric est assez basique. Moogie, l’interprète, traduit donc le mongol en anglais que nous-mêmes traduisons en français…

La yourte dans laquelle nous arrivons est proprette et accueillante. Moogie nous explique qu’il s’agit en fait de la yourte de son frère Meaa. Le repas du soir nous paraît merveilleux : des nouilles fraiches, 2-3 bouts de carottes (nos premiers légumes depuis plusieurs jours !), une ou deux pommes de terre et quelques lanières… de bœuf !! Cela nous change tellement du mouton que nous mangeons matin-midi et soir que je cours à la yourte cuisine pour me resservir. Je suis accueillie par de francs sourires, une des femmes tente même quelques mots d’anglais.

L’ambiance avec Delphine et Eric est excellente. Nous sortons de la yourte pour assister à la traite des vaches, sur fond d’un magnifique coucher de soleil. Meaa, le propriétaire, m’invite à essayer. Je n’en reviens pas qu’un Mongol nous propose de participer à la vie de la famille. Cela nous change tellement de la veille !

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Je tente de traire la vache mais, je dois bien l’avouer, je n’ai pas le coup de main. Eric s’en sort bien mieux ! Franches parties de rigolades, on se sent bien ici. Je dis à Jon que je regrette de quitter cette famille. En effet, le lendemain, nous devons rencontrer celle où nous resterons pour 3 jours et je crains de tomber sur une famille peu accueillante comme celle de la veille au soir.

Delphine est un peu malade. Nous lui cédons bien volontiers le lit disponible. Nous nous collons donc par terre contre les deux guides. Nous dormons à 9 dans cette petite yourte, il ne faut pas être claustrophobe ! La nuit n’est pas très bonne : courants d’air, délicat fumet de viande qui sèche à côté de moi, coups de coude du guide, aucune place pour bouger…

Le lendemain matin, nous nous apercevons que Mandah, notre guide, se prépare à partir… sans nous ! Il y a méprise : il pensait que nous restions dans cette famille et que nous n’avions plus de journée à cheval avec lui. Mandah s’apprête aussitôt à réparer l’erreur et à nous amener dans une autre famille mais Moogie, l’interprète, intervient : si nous le souhaitons, nous pouvons quand même rester chez son frère pour plusieurs jours et Mandah nous fera juste un peu visiter la région à cheval dans la journée. J’accepte d’emblée cette proposition et ne laisse pas le temps à Jon d’y réfléchir. Je me sens déjà à l’aise dans cette famille, je n’ai aucune envie de la quitter pour un je-ne-sais-où, je-ne-sais-comment. Jon est un peu déçu de rester dans cette plaine où il n’y a rien à voir mais la décision est déjà prise par le guide qui semble heureux de ce compromis.

Nous laissons donc bagages et cheval de bât pour une journée de découverte de la région. Au moment de partir, Meaa, le propriétaire de la yourte, nous fait de grands signes joyeux pour bien nous faire comprendre que nous revenons dormir chez lui au soir. Il semble ravi de nous retrouver plus tard dans la journée.

Nous nous sentons léger sans les sacs et de bonne humeur : nous avançons à vive allure sur les chevaux. On m’a donné un nouveau cheval et je peux enfin goûter au plaisir du galop dans la steppe mongole (mon ancien cheval ne connaissait visiblement que le trot rapide !!). Mais, petit à petit, le chemin devient ennuyeux : la steppe est immense et… plate. Il n’y a rien à voir, juste de la plaine, de la plaine et de la plaine. Nous devinons cependant une espèce de montage de forme insolite dans le lointain, cela nous paraît presque être un mirage. Mandah semble décidé à vouloir rejoindre ce « monticule ». Le temps s’écoule lentement. La forme grandit peu à peu mais pas assez vite à notre goût. Mais Mandah nous presse, il nous fait signe d’accélerer en nous indiquant que le soleil est déjà haut dans le ciel.

Nous rejoignons enfin cette « montagne » à l’aspect de plus en plus étrange. Arrivés sur place, c’est l’étonnement : nous sommes en réalité aux pieds d’une ancienne cité en ruine ceinturée de remparts. Une petite plaque en anglais nous indique qu’il s’agit de Khar Balgas, l’ancienne capitale de l’empire Ouïgour datant du VIIIe s. Et nous sommes seuls à ses pieds, totalement perdus au milieu d’une immensité de steppes. Nous nous sentons des explorateurs des premiers temps. Excitant et tellement inattendu !

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Mais Mandah ne s’arrête pas là : il fait grimper les chevaux au sommet des anciennes murailles… J’essaie de ne pas penser au blasphème archéologique que nous sommes occupés à commettre et savoure ce moment totalement surréaliste : nous voilà chevauchant sur des vestiges datant de plus de 1300 ans !!!

De là-haut, nous dominons la steppe sur des kilomètres. Nous nous arrêtons pour manger sur les ruines. Le temps semble s’arrêter, le moment est précieux. Mandah est même un peu nostalgique et nous demande de prendre des photos de nous avec lui.

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Mais déjà, il est temps de rentrer. Si la steppe m’a paru infinie et ennuyeuse à l’aller, c’est encore pire au retour. Dès le début du trajet, je commence à ressentir une douleur aigüe dans le dos et ne trouve plus aucune position confortable sur le cheval. Même le pas me devient insupportable, il me faut faire des pauses régulières pour marcher à côté du cheval. Mais Mandah nous presse : il nous fait comprendre qu’il doit encore faire 20 kms pour ramener les chevaux aujourd’hui et que l’heure est déjà bien tardive. Impossible pour moi d’avancer à son allure… Mandah finit par nous « abandonner » à l’arrière, il ne devient qu’un petit point dans la steppe immense. Il faut dire que le chemin n’est pas bien compliqué (tout droit) et le relief peu dangereux (tout plat).

Au prix d’un chemin qui m’a paru insurmontable, nous finissons par rejoindre la yourte de Meaa. Nous nous attendons à voir Mandah, si pressé, filer mais non : il s’installe tranquillement pour prendre le repas avec la famille ! La temporalité mongole a encore frappé ! !

Quant au repas… le pire que nous ayons eu au cours de l’aventure ! Il est composé d’une tête de mouton trainant dans une bassine depuis plusieurs jours (nous avions déjà aperçu cette bassine et son contenu la veille…).

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Le principe est simple : chacun découpe les parties de la tête qui lui font envie… qui un peu de joue, qui un œil, qui une oreille…. Cette fois, c’est au-dessus de mes forces : je refuse poliment mais fermement de manger. Jon par contre se voit contraint d’ingurgiter quelques morceaux. Il avalera le plus stoïquement du monde une oreille puis rongera un os de la mâchoire avant de passer son tour.

Enfin, il est l’heure pour Mandah de se remettre en route. Nous sommes un peu triste de voir notre compagnon des 4 derniers jours s’en aller.

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Mais c’était sans compter sur la bonne humeur de Meaa, notre hôte des prochains jours. Ni une, ni deux, celui-ci décide de nous faire rire en tentant d’enfourcher fièrement son taureau.

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La soirée se passe dans une joyeuse ambiance. Nous sommes tous calfeutrés dans d’épaisses couvertures, regardant un film russe muet tout en mangeant des chocolats à la fraise. Deuxième moment surréaliste de la journée !

Nous ne savions pas encore à quel point nous nous attacherions à Meaa et sa famille…

A suivre…

Mag

3 réponses à “Rendez-vous en terres inconnues – partie 2

  1. et ben c’est Magalie qui porte la culotte :-O on reste chez Meaa 🙂
    Chouette l’ancienne cité en ruine par contre manger la mâchoire du mouton beurk chapeau Jon.

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