Rendez-vous en terres inconnues – partie 1

Après un mois et demi passé à UB, nous avions clairement besoin d’air frais. Il était temps pour nous de découvrir un peu plus le « countryside », comme disent les Mongols. Nous voilà donc à Kharkhorin (350 kms au Sud-Ouest d’UB) prêts à partir pour un trek de 4 jours à cheval en compagnie de Mandah, notre guide aux yeux bleus impressionnants.

Nos chevaux se trouvent dans la montagne, nous embarquons donc dans une jeep où se trouvent déjà plusieurs autres Mongols. Nous croyons être partis mais, erreur, la jeep s’arrête quelques mètres plus loin, le temps pour nos accompagnants de faire quelques emplettes au marché. Nous redémarrons… avant de nous arrêter à nouveau… cette fois, il s’agit d’embarquer quelques litres d’alcool dans le coffre. Nouveau départ, nouvel arrêt : une autre Mongole s’invite pour le voyage. Nous sommes désormais 7 personnes dans une voiture prévue pour 5, la route va être longue…. On nous avait prévenu : les Mongols n’ont pas la même notion de la temporalité que nous… visiblement, on ne nous avait pas menti. Nous mettrons plus de 2H (panne de voiture comprise) pour rejoindre nos chevaux… à 20 kms !

Quelques consignes de sécurité et de savoir-vivre plus tard (ne pas marcher sur le seuil de la yourte qui représente la nuque du propriétaire, ne pas passer entre les poteaux de la yourte (symbole du couple), toujours se tenir à gauche de la yourte (côté réservé aux invités), etc.), nous voilà enfin en route. Le dépaysement commence dès cet instant… Nous sommes seuls avec Mandah (qui ne parle pas un mot d’anglais) et nos 4 chevaux (dont un de bât). Très vite, nous quittons toute piste pour nous enfoncer dans les montagnes environnantes.

Un gros tas de caillou se profile devant nous : Mandah s’y arrête pour déposer 3 pierres. Nous comprenons qu’il demande à une quelconque divinité protection pour chacun d’entre nous.

Durant plus de deux heures, nous montons de plus en plus haut dans la montagne, zigzagant dans des bois de sapins, traversant quelques zones marécageuses. Enfin, nous atteignons le sommet. Nous en prenons plein la vue : nous dominons le paysage sur des kilomètres, à 360°. Nous cheminons sur la crête. Mon cheval ne cesse de trébucher, me causant quelques frayeurs. A nos pieds, dans le lointain, s’étend Khakhorin que nous avons déjà l’impression d’avoir quittée depuis longtemps. Nous croisons un petit groupe de chevaux sauvages, des troupeaux de moutons et de chèvres livrés à eux-mêmes. Le paysage est juste magique, nous nous arrêtons un moment pour le contempler.

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De l’autre côté du versant s’étant une large rivière : l’Orkhon et sa vallée. Mandah pointe une petite yourte perdue au creux d’un méandre. Visiblement, c’est là que nous passerons la nuit. Elle semble proche mais nous mettons près de 2 heures à cheval pour la rejoindre. Arrivés sur place, seuls deux petits garçons de 5 ans, des jumeaux, sont présents. Ceux-ci ont visiblement mis la yourte sans dessus-dessous. Ils se lancent dans des parties folles de course-poursuites à quelques mètres seulement de la rivière et des chevaux…

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Une voiture s’arrête, un type en descend. Nous demandons à Mandah s’il s’agit du propriétaire de la yourte : non, lui aussi vient passer la nuit ici. C’est cela la vie dans les steppes : chacun est chez soi partout. Nous attendons allongés dans l’herbe que les propriétaires arrivent près d’une heure plus tard. Durant cette attente, nous avons tout le loisir de découvrir les environs… et le manque évident de toilettes. Pas un trou, pas un arbre pour se cacher : il suffit de s’éloigner et de s’accroupir… à la vue de tous. L’intimité n’est pas une marque de fabrique mongole.

Un mouton est attaché près de nos chevaux. Nous rigolons entre nous : si cela se trouve, c’est le repas du soir… Nous aurions peut-être mieux fait de nous taire : à peine les propriétaires arrivés, Mandah s’empare du pauvre animal. Je m’attends à ne pas supporter la scène qui va suivre et pourtant tout m’a paru si naturel, si respectueux, que je n’ai jamais dû détourner le regard. Mandah réalise une petite entaille au niveau du bas ventre de l’animal pour en dégager la laine. D’un geste sûr et rapide, il plonge ensuite le couteau jusqu’à la moëlle épinière de l’animal qu’il sectionne. C’est fini, le mouton ne souffrira plus. Mandah remonte ensuite jusqu’au cœur de la bête. Le voilà mort. La scène a duré quelques secondes tout au plus.

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Mandah nous fait comprendre que, au Kazakhstan, les moutons sont égorgés mais que les Mongols trouvent cette pratique cruelle. L’animal à peine trépassé, tous les adultes présents s’appliquent au dépeçage. C’est qu’il faut préparer toutes les parties du mouton instantanément, avant que la viande ne se gâche. La mère de famille reçoit les intestins de l’animal. Elle les vide d’abord de tous leurs (nombreux) excréments avant de les remplir de sang et de les faire bouillir… elle fabrique du boudin, tout simplement. Tout est récupéré : de la tête aux abats en passant par la peau et les os. Pratiquement aucun déchet, c’est impressionnant.

En quasi végétarienne, j’espère depuis le début échapper à la viande en me rattrapant sur tous les accompagnements… c’est raté : notre repas du soir se compose uniquement d’un grand bol de mouton bouilli et de gras. Courageusement, j’enfourne la moitié du plat avant de faire comprendre à la mère de famille que je n’ai plus faim. Celle-ci semble un peu vexée. Une demi-heure plus tard, elle revient avec un second plat, cuisiné visiblement expressément pour nous : des pâtes mélangées à des abats de mouton tout frais. Trop gentil, il ne fallait pas… Cette fois, je n’y échapperai pas. Heureusement, je peux compter sur la vaillance de Jon à mes côtés.

Le repas terminé, la mère de famille se rend à la rivière distante de 500 mètres pour effectuer la vaisselle et remplir deux cruches d’eau. Je cours la rejoindre pour l’aider à porter l’eau mais elle m’arrache la cruche des mains : hors de question que je l’aide ! Je ne peux donc que l’accompagner silencieusement. Les cruches sont lourdes, la mère ploie sur leur poids mais refuse toujours toute aide. Elle détourne la tête pour ne pas que je la voie essoufflée. Décidemment, les femmes mongoles sont fières.

Le reste de la soirée tourne autour du mouton tué : il y a beaucoup à faire pour que rien ne soit gâché.

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Quant aux deux petits garçons, ils continuent à jouer au milieu des bêtes, livrés à eux-mêmes. Ils nous créent de nombreuses sueurs froides mais les adultes présents ne semblent pas réagir : ici, on est élevé à la dure.

Fatigués de notre journée, Jon et moi finissons par nous endormir sur des tapis à même le sol de la yourte principale. Nous serons rejoints tard dans la nuit par Mandah, le reste de la famille préférant finalement dormir directement dans la yourte cuisine.

Le lendemain matin, notre Mandah roupille joyeusement. A 10h, il se réveille péniblement avec, manifestement … une gueule de bois. A la vue des cadavres de vodka laissés autour de la yourte, nous comprenons que la soirée ne s’est pas passée qu’à dépecer du mouton… Il est donc à peu près 13h lorsque nous démarrons notre journée de cheval (après que Mandah se soit concocté des infusions à base d’écorces).

Nous longeons de nombreux pâturages et les bergers n’hésitent pas à faire un bout de route avec nous pour tailler la bavette. Ils nous complimentent sur la bonne qualité de nos selles en cuir. Il faut dire qu’eux-mêmes montent des selles en bois… ouch !

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La journée est belle mais nous fonçons droit sur une zone orageuse. La pause déjeuner (à 15H…) est donc écourtée par Mandah qui sent le temps changer… Les chevaux deviennent également plus nerveux, celui de Jon commence à faire des écarts au moindre bruit puis refuse tout simplement d’avancer. Mandah est finalement obligé d’échanger les chevaux. L’orage éclate enfin. Nous sommes en plein milieu de grandes prairies cerclées de bois et il pleut des trombes. La prochaine yourte est à 4 kilomètres. S’en suivent des cavalcades effrénées pour tenter d’arriver les moins trempés possibles : c’est peine perdue. L’orage s’arrête aussi soudainement qu’il avait commencé et laisse place à un soleil ardent.

Nous rejoignons enfin un « village » composé de 5-6 de yourtes. A nouveau, personne n’est là pour nous accueillir. Mandah nous installe et nous offre une tasse de thé au lait salé (thé que nous apprécions de plus en plus d’ailleurs).

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Mais… ne serait-ce pas du français que nous entendons dehors ?? Oui oui, Justine et Margaux, 2 Françaises, et leur jeune guide viennent de nous rejoindre pour la nuit ! Heureusement car nous nous sentons bien seuls dans ce « village »… manifestement, nous dérangeons les propriétaires qui ne viendront même jamais nous dire bonjour ou tout simplement nous parler. La yourte où nous nous trouvons n’est pas une yourte de vie mais est réservée aux visiteurs de passage, ce qui ne favorise pas les interactions…

C’est une nouvelle fois Mandah qui prend les choses en main en nous préparant un repas. Le jeune guide des Françaises a vite fait de prendre la poudre d’escampette pour aller s’amuser (boire ?) ailleurs. Nous qui espérions participer à la vie de la famille, nous sommes un peu déçus par le manque de contact avec les locaux. Heureusement, la conversation va bon train avec Justine, elle aussi en tour du monde !

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La nuit venue, Mandah vient nous installer pour dormir. Il y a trois lits dans la yourte : un pour lui, un pour un Mongol également de passage et un que Jon et moi pouvons nous partager. Le lit est à peine assez grand pour nous deux côte à côte mais nous sommes bien contents d’échapper aux courants d’air des dessous de yourtes (les yourtes ne ferment pas complètement, il faut donc être un peu surélevé pour ne pas sentir le vent passer toute la nuit). Et les deux Françaises ? Mandah nous fait comprendre que ce n’est pas son problème : elles n’ont qu’à dormir à terre… Leur guide rentrera quelques heures plus tard, passablement éméché et peu soucieux du confort de ses clientes. Secrètement, nous nous réjouissons d’être tombés sur un guide comme Mandah !

A suivre…

Mag

3 réponses à “Rendez-vous en terres inconnues – partie 1

  1. Un récit beau, fort et fragile comme la vie; digne des romans de James Oliver Curwood. On a hâte de lire la suite ! Bisous de deux sédentaires. Maman Date: Tue, 15 Sep 2015 14:05:49 +0000

    Aimé par 1 personne

  2. Je lirai avec plaisir le roman de vos aventures après tout le périple. L’eau vient à la bouche, mais de la lecture uniquement. Félicitation à vous deux pour les efforts de bouche…Je croque une olive au soleil en pensant à vous. Oldjap

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