d’éleveur à agriculteur: le potager comme école

Urna est une petite grand-mère débordante d’énergie. Bio-ingénieure de formation, elle travaille chez ADRA au sein du projet MEAL. Après HOPE, c’est sur ce second projet que nous donnons désormais un coup de main.

Comme pour HOPE, quelques jours nous sont nécessaires pour comprendre le projet en profondeur avant de nous y impliquer concrètement. En deux temps trois mouvements, Urna nous embarque donc tout naturellement au sein de ses tournées quotidiennes. Nous voilà partis avec elle, le temps de 2 journées, dans les faubourgs d’UB.

Le projet MEAL, c’est donner la possibilité à 1100 ménages particulièrement vulnérables sur le plan économique (personne âgée seule, personne handicapée, mère célibataire…) d’améliorer leurs conditions de vie grâce à la mise en place de potagers domestiques. Ces familles ont dès lors accès à des fruits et légumes de qualité (rares en Mongolie où tout provient de Russie ou de Chine sous la forme de boites de conserve) et à des revenus supplémentaires (par la revente des surplus).

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Cependant, la mise sur pied d’un tel projet est un véritable défi : les Mongols sont traditionnellement des éleveurs ignorant les principes de base de l’agriculture. Et c’est ici qu’Urna entre en scène. Son rôle est de motiver les jeunes jardiniers et de les soutenir en transmettant ses (nombreuses) connaissances maraîchères. Pour ce faire, elle se déplace de potager en potager.

Sur le trajet, Urna pépie comme un petit moineau dans un anglais que nous mettons un certain temps à comprendre. Mais sa bonne humeur est communicative. Avant d’arriver dans chaque famille, nous récupérons sur le chemin le « jardinier de référence », véritable lien entre les bénéficiaires et l’équipe d’ADRA. Chaque « jardinier de référence » est en charge d’une dizaine de familles qu’il motive, fédère et conseille du mieux qu’il peut. Son jardin est généralement un bel exemple de réussite.

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Il participe à des formations organisées par ADRA et reçoit les visites régulières d’Urna et de ses collègues vers qui il peut se tourner lorsqu’il est à cours de solutions pour les familles dont il a la charge. Urna nous glisse au passage que c’est également une mesure de sécurité : elle ne sait jamais chez qui elle arrive et préfère être accompagnée par cet habitant du quartier. Il faut dire qu’Urna est particulièrement terrorisée par les énormes chiens qui montent la garde autour des yourtes que nous visitons. Avouons-le, nous préférons, nous aussi, les voir attachés : leurs crocs sont énormes et bien souvent découverts…

Chez les bénéficiaires du projet, Urna prend le temps d’inspecter chaque plante de chaque potager et de chaque serre. Méticuleusement, elle soulève les feuilles d’un plant de tomates, inspecte le pied de certaines carottes, arrache quelques mauvaises herbes… Elle aime son métier, cela se voit. Couverte de la tête aux pieds (en ce compris chapeau et gants), même dans les serres que nous visitons alors que la température extérieure frôle les 30°c, elle dispense ses conseils sans compter.

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De grosses gouttes de sueur perlent à son front. Jon et moi devons sortir régulièrement des serres pour prendre un peu de « fraicheur » dehors, mais Urna reste imperturbable et ne se départit pas de son beau sourire. Les bénéficiaires sont attentifs. Il faut dire que la culture de légumes est vraiment nouvelle pour eux : certains oublient d’arroser les graines nouvellement plantées et se demandent pourquoi rien n’a poussé ; d’autres construisent leurs serres derrière de hauts murs et donc sans aucun accès à la lumière et à la chaleur du soleil…

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Le plus gros problème auquel Urna est confrontée est le manque d’eau car la sécheresse frappe le pays depuis plusieurs années. Alors, Urna s’est spécialisée dans la permaculture et donne toutes les astuces possibles pour économiser l’eau (et toutes les autres ressources naturelles d’ailleurs).

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Justement, Jonathan a rencontré ce problème lorsqu’il était au Burkina Faso. Il se souvient de certaines techniques utilisées là-bas pour récolter l’eau de rosée ou de brouillard. Ce sera sa mission des prochaines semaines : se renseigner et voir ce qui peut être fait en ce sens ici. Il a également une deuxième idée en tête : créer une « banque de graines coopérative », véritable ressource en graines de qualité à moindres coûts. Zula, la responsable du projet, semble enthousiaste. Jonathan sera bien occupé dans les prochains jours.

Quant à moi, de retour au bureau, Zula m’explique que la problématique du projet est complexe : non seulement les bénéficiaires ne savent pas comment cultiver leurs légumes mais, une fois ceux-ci récoltés, ils n’ont aucune idée de comment les manger. Cela ne fait qu’un tour dans mon cerveau : je me souviens d’un ami, parti au Chili récemment, qui nous avait raconté l’étonnement provoqué chez ses collègues lorsqu’il avait tout naturellement sorti son repas de midi : un potage aux légumes (depuis, cet ami a d’ailleurs monté sa société de potages là-bas !). Je demande à Zula s’ils ont déjà pensé à ce moyen simple, sain et économique de manger des légumes. Ses yeux deviennent ronds. Du potage ? Qu’est-ce que c’est ? Apparemment, les seules soupes que les Mongols connaissent sont à base de graisse ou d’os de mouton. Zula saute sur l’opportunité : justement, une session de cours pour les bénéficiaires sera organisée la semaine prochaine sur les bienfaits des légumes. Est-ce que je voudrais y expliquer comment on fait du potage ? Trop heureuse de revenir à mon métier d’enseignante, j’accepte sans hésiter.  Et voilà comment je me suis retrouvée devant une trentaine d’élèves prenant note, le plus sérieusement du monde, de ma démonstration culinaire. Le potage (carottes-poivrons) fut un succès, certains dégainant l’appareil photo pour immortaliser le moment, d’autres se remettant l’air de rien dans la file pour obtenir une louche supplémentaire…

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Mag

update: Nous avons appris depuis que la recette de notre potage fait fureur auprès des bénéficiaires, qu’elle s’est déjà propagée dans plusieurs familles et serait même passée à la télévision… Nous sommes très fiers de ce succès inespéré!

7 réponses à “d’éleveur à agriculteur: le potager comme école

  1. Comme quoi de simples idées …
    quel genre de légume peuvent ils planter là bas?
    Des carottes et tomates ok mais connaissent ils les courgettes, les poireaux, potiron, voir Champignons?
    as tu beaucoup d’idée de soupe?
    désolé avec mes questions 🙂

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    • Hello!
      Oui, on ne se rend pas compte que des choses évidentes pour nous ne le sont pas forcément à l’autre bout du monde. Par exemple, ils connaissent très peu la congélation aussi et font donc des catastrophes en congelant-décongelant-congelant… et puis ils tombent malades et ne comprennent pas pourquoi 😉
      Au niveau légumes, il y a un fossé entre ce qu’ils peuvent faire pousser et ce qu’ils mangent effectivement. En gros, ils ne mangent que des carottes – tomates – poivrons – concombres – oignons alors qu’ils peuvent également faire pousser asperges, toutes les variétés de choux, betteraves, petits pois, brocolis, céleris, chicons, courgettes, laitues… un peu comme chez nous en fait. Cela laisse pas mal de possibilités de soupes 😉 On pense également à leur apprendre à utiliser tout le légume, par exemple en faisant des potages à partir des fanes de carottes car, ne connaissant pas les légumes, ils jettent beaucoup de bonnes parties..
      Avec plaisir pour les questions, n’hésite pas!!
      Mag

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      • merci des infos,

        je suppose que les ratatouilles de légumes, ou légumes farcis ne sont pas bien rependus et pourtant mmm que c’est bon 🙂
        Sinon l’idée de jon est une formidable idée: une banque de graines + bon conseil pourrait permettre d’avoir une alimentation saine et consistante à moindre coût.
        good job

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  2. Trop cool les enfants ! Comme j’aurais aimé être dans ce projet car c’est tout à fait dans mes cordes ! Bisous, Maman

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  3. Mmmmmmmmmm, j’aurais bien pris un p’tit bol. C’est incroyable de tels différences de culture. Que de chose à partager entre citoyens du monde.

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